La Voix au Chapitre

Francophones de tous les pays, lisez-nous !

Avec plus de 396 millions de locuteurs quotidiens dans le monde et une croissance démographique portée par l’Afrique, le français n’a jamais été aussi présent, ni aussi divers. Le lancement de la nouvelle édition du rapport quadriennal La Langue française dans le monde de l’OIF le 16 mars 2026 explore la complexité de l’identité francophone d’aujourd’hui : ses défis, son avenir, son ancrage dans le présent et l’identité plurielle de celles et ceux qui la parlent.

 

 

Francophone : un mot, un héritage

 

« Que signifie « être Francophone » au XXIe siècle ? », questionne la nouvelle édition de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) de La Langue française dans le monde. En réaction à un monde et à une communauté francophone en transformation, cet ouvrage propose une nouvelle typologie du terme « francophone ». Il s’agit d’une identité plurielle qui « oscille entre appartenance linguistique, héritage colonial, identité subjective, tensions géopolitiques et poids des représentations », explique M. le Président Obrillant Damus, membre du conseil scientifique de l’OLF.

C’est en 1866 que le géographe français Onésime Reclus a inscrit le terme « francophone » pour la première fois dans l’ouvrage France, Algérie et colonies. Selon son utilisation, le terme renvoie à l’ensemble des locuteurs français au-delà de l’Hexagone. Ce rapport replace le terme dans le contexte colonial où la langue française s’est imposée aux peuples colonisés : être francophone n’était pas une identité volontaire mais la conséquence d’une domination culturelle et politique. Il réaffirme l’indissociabilité de l’héritage colonial du terme : l’oublier serait de taire l’impact sur les identités actuelles.

Pour comprendre le terme « francophone », l’OIF ne s’en tient pas seulement aux dictionnaires mais étend sa réflexion à une dimension géopolitique et culturelle. La hiérarchisation entre les communautés francophones de l’Hexagone et les communautés périphériques est un héritage des rapports de force politiques, économiques et symboliques issus de ce passé colonial. « On est francophone si l’on parle français, mais en dehors de la France ou en marge d’elle », souligne le rapport.

 

 

 

Une langue, mille accents

 

Même si le terme porte les traces de son passé, son sens ne cesse d’évoluer. L’édition de 2026 note l’ouverture progressive de la définition du terme vers une diversité d’usages, d’approches et de pratiques inclusives et multilingues. Être francophone en 2026 n’est plus simplement parler français : l’OIF cherche à dépasser cette caractérisation étroite pour tendre vers une inclusion sociolinguistique de l’utilisation du français à des degrés divers. Le rapport cherche ainsi à rendre compte du polycentrisme de la francophonie. Selon lui, on compte 396 millions de locuteurs quotidiens dans le monde en 2025, dont près de 65% en Afrique.

Cette identité francophone revêt de multiples visages : « on peut se considérer francophone sans parler français, ou en le maîtrisant à peine […]. Ou, au contraire, on peut parler français sans se dire francophone », affirme le rapport. En effet, cette édition cherche à élargir la définition de l’identité francophone au-delà des seules compétences phonocentrées et graphocentrées qu’il s’agisse des populations rurales en Louisiane par exemple ou des 4% de personnes en situation d’illettrisme en France.

À l’heure où le français s’inscrit davantage dans la mondialisation, portée par la croissance démographique en Afrique et une nouvelle génération de locuteurs, ce rapport invite à repenser ce que signifie, aujourd’hui, « être francophone », non plus comme une appartenance imposée mais comme une identité choisie et élargie et considérant son histoire comme un élément de réflexion en constante évolution.

 

Lisez le rapport complet sur observatoire.francophonie.org

 

 

Par Natasha FORSTNER