La Voix au Chapitre

Francophones de tous les pays, lisez-nous !

Une simple histoire de lettre

À première vue, il ne s’agit que d’une simple lettre en majuscule. Pourtant, écrire « francophonie » avec un « f » minuscule ou « Francophonie » avec un « F » majuscule n’est pas anodin. Depuis une vingtaine d’années, cette distinction s’est imposée dans les médias, les ouvrages de référence et les textes officiels pour séparer deux réalités bien distinctes. La francophonie, avec une minuscule, désigne une réalité humaine, linguistique et culturelle, qui regroupe l’ensemble des personnes qui parlent le français, que ce soit comme langue maternelle, langue principale, langue seconde, langue d’enseignement, de culture ou de travail. On parle ainsi de la francophonie quand on évoque les quelque 348 millions de locuteurs francophones estimés dans le monde en 2025 selon les données les plus récentes de l’OIF. Cette notion englobe la vitalité du français au Québec, en Acadie, en Belgique, en Suisse, en Afrique subsaharienne, au Maghreb, dans les Caraïbes, à La Réunion, à Maurice ou encore au Liban et au Vietnam. Elle inclut aussi les créoles à base lexicale française, les situations de bilinguisme ou de plurilinguisme, la production littéraire, cinématographique, musicale et numérique en français. En un mot, la francophonie est l’ensemble des usages, des communautés et des dynamiques vivantes autour de la langue française à travers la planète. C’est une réalité descriptive, sociologique et créative.

 

 

Réalité linguistique, réalité politique, réalité géographique

La Francophonie, quant à elle, renvoie à une entité politique et institutionnelle précise : l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’ensemble du système qu’elle anime. L’OIF regroupe aujourd’hui 90 États et gouvernements (53 membres à part entière, 5 membres associés et 32 observateurs), selon les chiffres officiels actualisés en 2025-2026. Cette organisation intergouvernementale, née en 1970 à Niamey sous le nom d’Agence de coopération culturelle et technique avant de devenir l’OIF en 2005, porte des missions diplomatiques, éducatives, économiques et culturelles. Elle organise les Sommets de la Francophonie tous les deux ans, finance des projets via ses opérateurs (TV5Monde, l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Université Senghor d’Alexandrie…), promeut la démocratie, la paix, le développement durable et la diversité culturelle. Quand on lit que « la Francophonie a suspendu un pays après un coup d’État » ou que « le prochain Sommet de la Francophonie se tiendra au Cambodge en 2026 », c’est bien de cette institution dont il s’agit. La différence est donc claire : la francophonie correspond à une réalité géo-linguistique, là où la Francophonie est une construction institutionnelle au même titre que l’Europe correspond à un continent tandis que l’Union européenne en est l’émanation politique, avec tous ses défauts.

 

En somme, une petite majuscule permet de passer des 348 millions de personnes qui parlent, chantent, écrivent ou rêvent en français à une organisation internationale de 90 États et gouvernements unis par une langue et des valeurs partagées. Une histoire de lettre, subtile, mais qui revêt une certaine importance.