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Jeunesse francophone : comment les jeunes Congolais participent à la résolution des conflits dans la région des Grands Lacs ?

En République démocratique du Congo (RDC), la recherche de la paix demeure une préoccupation majeure, particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les conflits armés continuent d’affecter les populations. Face à cette situation, les jeunes Congolais ne sont pas seulement des victimes de l’insécurité, ils peuvent également contribuer à la prévention des conflits, à la lutte contre les discours de haine et au rapprochement des communautés.

 

À travers les associations, les mouvements citoyens et les organisations de la société civile, la jeunesse dispose de moyens d’action pour participer à la construction d’une paix durable. Cette mobilisation soulève une question essentielle : comment les jeunes Congolais peuvent-ils faire entendre leur voix et renforcer leur contribution aux efforts de paix dans l’espace francophone ?

 

 

 

Une jeunesse appelée à participer à la construction de la paix

 

La participation des jeunes à la prévention et à la résolution des conflits est désormais reconnue dans les cadres internationaux. Le 9 décembre 2015, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2250, consacrant l’agenda « Jeunesse, Paix et Sécurité ». Ce texte encourage notamment la participation des jeunes aux processus de décision, aux négociations de paix et aux initiatives de prévention des conflits.[1]

 

En RDC, cette orientation trouve un écho particulier dans les régions affectées par les violences. Le pays a besoin de mécanismes de dialogue, de sensibilisation et de cohésion sociale capables de répondre aux réalités vécues par les communautés.

 

Le 14 juin 2025, à Kinshasa, une centaine de jeunes, dont 37 femmes, a participé à une rencontre consacrée à la promotion de la paix, de la sécurité et à la lutte contre la désinformation. Cette activité, soutenue par la MONUSCO en collaboration avec le Secrétariat technique national de la résolution 2250 et des acteurs de la société civile, s’inscrivait dans un processus engagé en 2022.[2]

 

Cette initiative illustre une réalité importante : les jeunes peuvent contribuer à la paix en sensibilisant leurs communautés, en encourageant le dialogue et en combattant la propagation de fausses informations susceptibles d’alimenter les tensions.

 

 

 

 

 

Dans l’Est de la RDC, la paix commence aussi au niveau communautaire

 

Au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les conséquences des conflits dépassent les affrontements armés. Les déplacements de populations, les interruptions de la scolarité, les difficultés économiques et la fragilisation des liens sociaux compliquent le quotidien des familles.

 

Dans ce contexte, les initiatives locales de jeunesse peuvent contribuer à maintenir le dialogue entre les communautés. Les campagnes de sensibilisation, les activités éducatives, les échanges entre jeunes et les actions contre les discours de haine constituent autant de moyens de prévenir certaines tensions.

 

Cependant, ces efforts ne doivent pas être considérés comme un substitut aux responsabilités des autorités et des acteurs armés. La protection des civils, le respect du droit international humanitaire et la recherche de solutions politiques aux conflits restent indispensables.

 

Les jeunes ont également besoin de moyens financiers, de formations, d’un accompagnement institutionnel et d’une protection adaptée pour mener leurs activités. Leur participation ne devrait pas se limiter à des consultations ponctuelles : elle doit pouvoir influencer les décisions qui concernent directement leur avenir.

 

 

 

La Francophonie, un espace de coopération pour les jeunes artisans de paix

 

Le lien avec la Francophonie est essentiel pour élargir la portée de ces initiatives. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne se limite pas à la promotion de la langue française, ses missions comprennent également la promotion de la paix, de la démocratie et des droits humains, ainsi que le soutien à l’éducation et à la formation.[3]

 

Pour les jeunes Congolais, l’espace francophone peut favoriser les échanges d’expériences, les partenariats entre organisations de jeunesse et la diffusion de pratiques utiles à la prévention des conflits.

 

Cette perspective est déjà présente dans les travaux de coopération entre la Francophonie et l’Union africaine. En décembre 2024, l’OIF a contribué à l’organisation du troisième Dialogue continental sur la jeunesse, la paix et la sécurité, tenu à Bujumbura, au Burundi. La rencontre a rassemblé environ 800 jeunes venus de plus de 30 pays africains et a notamment porté sur l’éducation à la paix et la participation des jeunes aux mécanismes de paix et de sécurité.[4]

 

Cette démarche montre que les préoccupations des jeunes Congolais s’inscrivent dans un débat continental plus large. Les difficultés rencontrées dans l’est de la RDC ne concernent pas uniquement un pays : elles interpellent aussi les mécanismes régionaux de coopération, la solidarité entre les peuples et les efforts diplomatiques en faveur de la stabilité.

 

La Francophonie pourrait contribuer davantage à cette dynamique en facilitant les échanges entre organisations, en soutenant les formations à la médiation et en encourageant les initiatives citoyennes portées par les jeunes. Il importe toutefois de distinguer les actions directement soutenues par l’OIF des initiatives indépendantes menées par les organisations locales.

 

 

Passer de la consultation à une participation réelle

 

L’un des défis majeurs demeure la place accordée aux jeunes dans les processus de décision. Leur présence dans les conférences et les rencontres institutionnelles est utile, mais elle ne suffit pas si leurs propositions ne sont pas prises en compte.

 

La résolution 2250 des Nations unies invite précisément les États à favoriser une représentation inclusive des jeunes dans les institutions et les mécanismes de prévention et de résolution des conflits.[1] Cette orientation suppose des engagements concrets : soutenir les organisations locales, renforcer les capacités des jeunes médiateurs et leur permettre de contribuer aux initiatives de réconciliation et de reconstruction.

 

Les jeunes femmes doivent également bénéficier d’une place effective dans ces processus, compte tenu des obstacles particuliers auxquels elles peuvent être confrontées dans les contextes de conflit.

 

De leur côté, les organisations de jeunesse doivent poursuivre leurs efforts de formation, de dialogue et de coopération, tout en veillant à la crédibilité de leurs actions. Une initiative de paix gagne en légitimité lorsqu’elle repose sur une bonne connaissance du contexte, une participation inclusive et des objectifs clairement définis.

 

 

 

Faire de la jeunesse francophone une force de paix

 

La paix durable en RDC ne peut reposer sur la seule mobilisation de la jeunesse. Elle exige des décisions politiques, des efforts diplomatiques, la protection des populations et le respect du droit international. Néanmoins, les jeunes peuvent contribuer à créer les conditions sociales nécessaires au rapprochement des communautés et à la prévention de nouvelles tensions.

 

Pour la jeunesse francophone, l’enjeu est de transformer les valeurs de dialogue, de solidarité et de coopération en actions concrètes. Pour la RDC, il s’agit de reconnaître les jeunes comme des partenaires à part entière dans la recherche de solutions aux crises qui affectent le pays.

 

La Francophonie peut offrir un cadre utile à cette ambition, à condition que les engagements institutionnels se traduisent par des possibilités réelles de formation, de coopération et de participation. Car la jeunesse ne doit pas seulement être considérée comme l’avenir de la paix. Elle doit aussi pouvoir prendre part à sa construction dès aujourd’hui.

 

 

Par Patrick Mushombe

 

 

 

 

[1] Conseil de sécurité des Nations unies, Résolution 2250 (2015) sur la jeunesse, la paix et la sécurité, document S/RES/2250, 9 décembre 2015. Le texte reconnaît le rôle positif des jeunes dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix.

Source officielle : https://undocs.org/S/RES/2250(2015)

 

[2] MONUSCO, « Kinshasa : des jeunes s’engagent pour la paix et la lutte contre la désinformation », 19 juin 2025. Le compte rendu présente la rencontre du 14 juin 2025 et la participation d’une centaine de jeunes.

Source officielle : https://monusco.unmissions.org/fr/news/kinshasa-des-jeunes-sengagent-pour-la-paix-et-la-lutte-contre-la-desinformation

 

[3] Organisation internationale de la Francophonie, « L’Organisation internationale de la Francophonie ». Présentation de ses missions, notamment la promotion de la paix, de la démocratie, des droits humains, de l’éducation et de la coopération entre ses membres.

Source officielle : https://www.francophonie.org/node/81

 

[4] Organisation internationale de la Francophonie, « L’OIF au 3e Dialogue continental sur la jeunesse, la paix et la sécurité », 18 décembre 2024. Compte rendu de la rencontre organisée à Bujumbura les 12 et 13 décembre 2024, avec la participation de jeunes venus de plus de 30 pays africains.

Source officielle : https://jeunesse.francophonie.org/actualites/item/l-oif-au-3e-dialogue-continental-sur-la-jeunesse-la-paix-et-la-securite